Michel-Ange, à la fin de sa vie explique : « Dans chaque bloc de marbre, je vois une statue aussi réelle que si elle se dressait devant moi, sculptée et juste dans l’attitude et le geste.  Je n’ai plus qu’à travailler les parois grossières qui emprisonnent cette magnifique apparition pour la révéler aux yeux des autres, comme les miens la voient ».

 

« Je ne me sens bien que lorsque j’ai un ciseau en main ».

                                                                   Michel-Ange

 

L’homme porte sa main sur le roc, il renverse les montagnes depuis la racine. Il ouvre des tranchées dans les rochers, et son œil contemple tout ce qu’il y a de précieux. […] Et il produit à la lumière ce qui est caché (Job, 28.9-11).

 

 

Du chef-d’œuvre toujours un cœur fut le berceau.
L’art, au fond, n’est qu’amour. Pour provoquer la vie,
Soit qu’on ait la palette en main ou le ciseau,
Il faut une âme ardente et qu’un charme a ravie.
Après tout, tes enfants ne sont point des ingrats,
Artiste ! ils sauront bien te rendre ta caresse.
Lorsque Pygmalion, ce vrai fils de la Grèce,
Croit n’avoir embrassé qu’un marbre en son ivresse,
C’est de la chair qu’il sent palpiter dans ses bras.

Pygmalion de Louise Ackermann

 
Sur un Narcisse de marbre

                                            François Tristan L’HERMITE

                                            Recueil : « La Lyre »

 

fait en relief, de la main de Michel-Ange

 

Ce n’est ni marbre, ni porphyre,

Que le corps de ce beau chasseur,

Dont l’haleine d’un mol zéphyre

Évente les cheveux avec tant de douceur.

En cette divine sculpture,

 

On voit tout ce que la nature

Put jamais achever de mieux.

S’il n’entretient tout haut l’image ravissante

Que forme cette onde innocente,

C’est qu’on ne parle que des yeux,

Pour se bien exprimer sur une amour naissante.

 
Chair des choses


Je possède, en mes doigts subtils, le sens du monde,

Car le toucher pénètre ainsi que fait la voix,

L’harmonie et le songe et la douleur profonde

Frémissent longuement sur le bout de mes doigts.

 

Je comprends mieux, en les frôlant, les choses belles,

Je partage leur vie intense en les touchant,

C’est alors que je sais ce qu’elles ont en elles

De noble, de très doux et de pareil au chant.

 

Car mes doigts ont connu la chair des poteries

La chair lisse du marbre aux féminins contours

Que la main qui les sait modeler a meurtries,

Et celle de la perle et celle du velours.

 

Ils ont connu la vie intime des fourrures,

Toison chaude et superbe où je plonge les mains !

Ils ont connu l’ardent secret des chevelures

Où se sont effeuillés des milliers de jasmins.

 

Et, pareils à ceux-là qui viennent des voyages.

Mes doigts ont parcouru d’infinis horizons,

Ils ont éclairé, mieux que mes yeux, des visages

Et m’ont prophétisé d’obscures trahisons.

 

Ils ont connu la peau subtile de la femme,

Et ses frissons cruels et ses parfums sournois…

Chair des choses ! J’ai cru parfois étreindre une âme

Avec le frôlement prolongé de mes doigts…


Renée Vivien

 
Ce beau corail, ce marbre qui soupire

Ce beau corail, ce marbre qui soupire,

Et cet ébène ornement du sourcil,

Et cet albâtre en voûte raccourci,

Et ces saphirs, ce jaspe et ce porphyre,

Ces diamants, ces rubis qu’un Zéphyre

Tient animés d’un soupir adouci,

Et ces oeillets, et ces roses aussi,

Et ce fin or, où l’or même se mire,

Me sont au coeur en si profond émoi,

Qu’un autre objet ne se présente à moi,

Sinon, le beau de leur beau que j’adore,

Et le plaisir qui ne se peut passer

De les songer, penser et repenser,

Songer, penser et repenser encore.

Premier livre des Amours

Pierre de Ronsard

Des échos de pérennité

Ses sculptures sont des fleurs
du mal de ciel et de terre.
Ses sculptures sont d’inquiétantes déshabillées
parfois même des nudités,
des vignes magnifiques et géantes
à la barbe soignée.
Ses sculptures sont des échos de pérennité,
des baisers endormis
sur des mains de mort,
des méduses aux bottines vernies à boutons
du siècle des valses.
C’est un immense arrière-faix de la Renaissance,
un projet d’érotomachie
pour confirmer l’origine,
loin de l’érotomachie mécanique de notre siècle.

Jean Arp – Sculpteur, poète (1886-1966)

 

Abattre des murailles

Déserter les rues

Assécher les mers

Distiller tous les venins des vents

Brûler les forêts vierges

Faire de leurs vapeurs un encens

Embaumer de ce parfum le monde

Broyer des étoffes rares

Exsuder la sueur de leur fil

En reteindre la nuit

Plonger dans le gouffre des océans

Détruire la carapace des crevettes mauves

En habiller l’éternité

Courir devant                 Derrière : le soleil rouge

Oublier le cours des fleuves et les sillons des champs

Faire saillir des pierres précieuses leur densité

Rire des hommes absous de déchirures

Piétiner leur terre natale

Et cracher enfin sur leur visage

Il n’y a qu’un seul miroir vivant

C’est le marbre

Arnauld Pontier

 

Le jour a déjà fait se perdre bien des images

Il est bâti de points mis bout à bout

Par des mains gauches et passagères rien de plus

Le flot qui coule regarde en bas n’est que cela

À quoi bon attendre un bateau qui ne viendra pas

Va

Je suis ici depuis toujours et n’en ai pas vu passer

Va te dis-je

Il n’est qu’une eau froide sans équipage

Comme un miroir sans reflet qui stagne

Vis

Ne te retourne pas

Je suis le fleuve

Et le marbre

De ta vie

 

Arnauld Pontier

 

On dirait une terre d’orage

Levée en plein ciel

Une terre de rouille et de ruine

D’ombre

Et de marbre

 

Quelque chose de brutal et d’injuste

En pleine nature

Presque une vengeance                            sauvage

De l’homme

Comme revenu de lui-même

 

Arnauld Pontier

 

L’humanité suppose, ébauche, essaye, approche,

Elle façonne un marbre, elle taille une roche,

Et fait une statue …

 

La Légende des siècles (1859)

le Satyre de Victor Hugo

 

Mes marches d’émeraude et mes parvis d’albâtre,

Mes colonnes de marbre ont les dieux pour sculpteurs.

 

Les Destinées (1864), la Maison du berger de Alfred de Vigny

 

« Un artiste éminent ne conçoit aucun sujet qu’un marbre ne puisse renfermer dans son sein ; mais seule y parvient la main qui obéit à l’intelligence. »

 

Poésies (1503-1560), Sonnet I, A Vittoria Colonna de Michel-Ange

 

“La vie c’est comme une carrière de marbre. On y va, persuadé d’y trouver des pierres merveilleuses. On n’y voit que des débris inutilisables. C’est pourtant là que s’élaborent les palais et les cathédrales.”

Abbé Pierre / Plein Droit, novembre 1991

 

“Tout passe, hormis ce que les hommes ont sauvé de l’oubli par le marbre ou par le parchemin !”

 

Alain Grandbois De Alain Grandbois / Les Voyages de Marco Polo

 

« Toute bonne sculpture, toute bonne peinture, toute bonne musique, suggère les sentiments qu’elle veut suggérer. »

Charles Baudelaire Curiosités esthétiques (1868)

 

« Si le lecteur me permet de lui présenter sitôt une image nouvelle, je me servirai, pour montrer la force de l’éducation, du même exemple qu’emploie Aristote pour expliquer sa doctrine des formes substantielles, quand il nous dit qu’une statue est cachée dans un bloc de marbre, et que l’art du statuaire se borne à élaguer la matière superflue, et à la débarrasser d’une enveloppe grossière. La figure est dans le bloc, et le sculpteur ne fait que l’en tirer. L’éducation est à l’âme humaine ce que la sculpture est à un bloc de marbre. »

 

Joseph Addison The Spectator (1711)

 

Lorsque les ingénieurs de Louis le Quatorzième vinrent extraire les colonnes de marbre qui figurent maintenant dans la Galerie des Glaces à Versailles, ils rapportèrent au Roi Soleil une épicerie connue, à Rance, sous le nom de « Biscuits marbrés ». Le Souverain apprécia très fort le geste et savoura ces gâteaux auxquels, par grâce spéciale, il fit donner le nom de marbrions rançois. La Cour et tous les gens de grande naissance imitèrent le roi et les « marbrions » rançois devinrent aussi prisés que les macarons de Beaumont et les couques de Dinant.

(Chronique imaginaire certes, mais… royale gâterie)

 

“ Je dis que l’art de la sculpture, parmi tous ceux où intervient le dessin, est sept fois supérieur aux autres, car une statue doit comporter huit points de vue et il convient que tous soient de même qualité. Or, souvent, le sculpteur peu affectionné à son art se contente d’un beau point de vue, voire de deux, et parce qu’il ne veut pas étendre le polissage de ce beau point de vue aux six autres qui sont moins beaux, voit sa statue déséquilibrée. »                                   

Michel-Ange

 

“Le marbre est le plancher des vivants et le toit des morts.”
                                                         

  Philippe Bouvard

 

« Quand on visite Versailles ou une autre belle demeure, aucun guide, ne répond à la question concernant la provenance de tel ou tel marbre ; et pourtant qu’elle est belle la Galerie des Glaces et cette beauté est indissociable de la qualité des dorures, des glaces et du marbre. Et que dire des hommes et femmes anonymes qui se cachent derrière ces magnifiques décors ».

 

« Vois-tu (…) le succès d’un musée ne se mesure pas au nombre de visiteurs qu’il reçoit, mais au nombre de visiteurs auxquels il a enseigné quelque chose. Il ne se mesure pas au nombre d’objets qu’il montre, mais au nombre d’objets qui ont pu être perçus par les visiteurs dans leur environnement humain. Il ne se mesure pas à son étendue, mais à la quantité d’espace que le public aura pu raisonnablement parcourir pour en tirer un véritable profit. C’est cela le musée. Sinon, ce n’est qu’une espèce « d’abattoir culturel » (…). »

 

Georges Henri Rivière

 

 » Celui qui sculpte, celui qui échafaude, se trouve attiré par
le marbre aussi mystérieusement que par les sirènes
dangereuses du diamant et de l’or. »

Jean Cocteau

 
La Pierre

Quand sur toi leur scie a grincé,
Les tailleurs de pierre ont blessé
Quelque Vénus dormant encore,
Et la pourpre qui te colore,
Te vient du sang qu’elle a versé.

Alfred de Musset
Sur trois marches de marbre rose.

 

Je salue tous ceux qui, en comprenant que le Marbre n’appartient pas au passé, qu’il triomphe des modes, qu’il orne les âges et les ornera toujours, opposeront aux matières ingrates celle, divine, où circule un sang mythologique, où la matière est au bord de nous avouer son secret.

Jean Cocteau

 
Sur le marbre.

Esclave de la vie, je la supporte.
Je ris, j’étouffe dans cette cohorte.
S’obstiner à lui tendre la main,
Et se retrouver seul, sans lendemain.

Sous les cendres éclaire encore une braise.
Que sont donc ces voix qui ainsi se taisent ?
Y-a-t-il jamais un au-delà au loin
Pour libérer nos corps de cette faim ?

D’un cri, d’un souffle, je respire encore.
Et pourtant, tout n’est que froid au-dehors.
La peur, les pleurs, les rires, tout est trompeurs.
Croire à demain, croire à cette lueur.

Debout sur le marbre glacé, je vois,
Un sourire, des yeux et avec émoi
Les miens viennent alors troubler ma vision ?
Demain je serais face à l’horizon.

Charles Antoine CHAVAUDREY

 

 

« Parmi beaucoup d’autres merveilles de l’Italie, en voici une qui a pour garant Papirius Fabianus, très savant dans toutes les choses de la nature. C’est que le marbre croît dans les carrières. Ceux qui les exploitent affirment aussi que ces plaies de la montagne se comblent spontanément. S’il en est ainsi on peut compter que les marbres ne manqueront pas au luxe ».

Pline l’Ancien, Naturalis Historia, XXXVI, 24

 

« Il tomba par hasard sur une allégorie de la littérature et découvrit qu’on la représentait comme une grande dame drapée de soieries, muette et blanche, une lyre à la main devant une assemblée de marbre. … Il pensa que la littérature ne pouvait pas ressembler à cette image éloignée des femmes. La littérature devait tenir la plume comme une épée … dans une lutte obstinée pour défendre le droit de nommer, pétrie dans la même glaise, dans la même fange, dans la même absurdité que ceux qui la servent ».

 

Miguel BonnefoyLe Voyage d’Octavio (2015) de Miguel Bonnefoy

Références de Miguel Bonnefoy – Biographie de Miguel Bonnefoy

Plus sur cette citation : Citation de Miguel Bonnefoy (n° 170714). 

 
Sur un marbre brisé

La mousse fut pieuse en fermant ses yeux mornes ;

Car, dans ce bois inculte, il chercherait en vain

La Vierge qui versait le lait pur et le vin

Sur la terre au beau nom dont il marqua les bornes.

Aujourd’hui le houblon, le lierre et les viornes

Qui s’enroulent autour de ce débris divin,

Ignorant s’il fut Pan, Faune, Hermès ou Silvain,

A son front mutilé tordent leurs vertes cornes.

Vois. L’oblique rayon, le caressant encor,

Dans sa face camuse a mis deux orbes d’or ;

La vigne folle y rit comme une lèvre rouge ;

Et, prestige mobile, un murmure du vent,

Les feuilles, l’ombre errante et le soleil qui bouge,

De ce marbre en ruine ont fait un Dieu vivant.

                                                                   José-Maria De Heredia                    

 

“Tout passe, hormis ce que les hommes ont sauvé de l’oubli par le marbre ou par le parchemin !”

Alain Grandbois / Les Voyages de Marco Polo

 

« Si le lecteur me permet de lui présenter sitôt une image nouvelle, je me servirai, pour montrer la force de l’éducation, du même exemple qu’emploie Aristote pour expliquer sa doctrine des formes substantielles, quand il nous dit qu’une statue est cachée dans un bloc de marbre, et que l’art du statuaire se borne à élaguer la matière superflue, et à la débarrasser d’une enveloppe grossière. La figure est dans le bloc, et le sculpteur ne fait que l’en tirer. L’éducation est à l’âme humaine ce que la sculpture est à un bloc de marbre. »

 Joseph Addison

 

 

 
Les Marbres

Ce qui rend les villas charmantes,

C’est, plus encor que les gazons,

Et la grâce des horizons,

Et le rêve des eaux dormantes,

 

C’est, plus que l’air délicieux

Et le vert sombre des vieux arbres,

C’est le candide éclat des marbres

Sur l’azur intense des cieux :

 

Ceux que l’Attique et la Toscane

Baignent d’un jour immense et clair,

Le paros, beau comme la chair,

Le pentélique diaphane.

 

Et le carrare aux fins cristaux

Qu’un rayon do soleil irise ;

Blocs de neige que divinise

La sainte audace des marteaux !

 

Qu’on polisse le rouge antique,

Le turquin bleu, le noir portor

Où serpentent des veines d’or,

Et le cipolin granitique,

 

L’antin jaune ou couleur de sang,

Le vert de Florence et de Suse,

Celui de Gênes qui ne s’use

Que limé par un bras puissant ;

 

Qu’ils quittent la nuit des carrières

Pour l’ombre d’un palais chagrin,

J’aime mieux dans l’éther serein

Le marbre blanc, ce lis des pierres !

 

Jeune, éblouissant, virginal,

Et façonné par le génie,

Il est le seul qui montre unie

La matière au pur idéal !

Sully Prudhomme

 

SCULPTEUR, CHERCHE AVEC SOIN …

Sculpteur, cherche avec soin, en attendant l’extase,
Un marbre sans défaut pour en faire un beau vase ;
Cherche longtemps sa forme et n’y retrace pas
D’amours mystérieux ni de divins combats.
Pas d’Héraklès vainqueur du monstre de Némée,
Ni de Cypris naissant sur la mer embaumée ;
Pas de Titans vaincus dans leurs rébellions,
Ni de riant Bacchus attelant les lions
Avec un frein tressé de pampres et de vignes ;
Pas de Léda jouant dans la troupe des cygnes
Sous l’ombre des lauriers en fleurs, ni d’Artémis
Surprise au sein des eaux dans sa blancheur de lys.
Qu’autour du vase pur, trop beau pour la Bacchante,
La verveine mêlée à des feuilles d’acanthe
Fleurisse, et que plus bas des vierges lentement
S’avancent deux à deux, d’un pas sûr et charmant,
Les bras pendant le long de leurs tuniques droites
Et les cheveux tressés sur leurs têtes étroites.

 

Theodore De Banville

 

À la racine de mon mal

Loin de toute la lumière du jour

Quelque chose respire

Comme une coulée de lave

Couleur du marbre

Ta voix dans l’écouteur

Grésille

Mèche de bougie entre deux doigts mouillés

 

Arnauld Pontier

 Des espaces envoûtés

Des azurs

Des terres prosternées

Des marbres cyclopéens

La voix des grands silences

Qui dénonce

Perchés sur de fragiles pétales

D’espérance

Debout quand les autres sont assis

Des hommes crient                       blafards

Les yeux vides et sans lèvres

Pour que cesse la dérobade

Et que tombent sur l’étang de la vie

Nos cœurs                où plus rien d’autre ne bruit

 

Arnauld Pontier

 

Ouvrir sa tombe et la refermer

Mourir par lente asphyxie

Gémir dans l’ombre du silence

Sentir l’immobilité du sens

Ouvrir sa tombe et la refermer

Mourir par lente décomposition

Fixer dans sa mémoire le goût âpre du vide

À venir

Ranger la corde vocale de la peur

Dans son écrin de marbre

Et dans un dernier remuement de terre

Rire enfin à cœur arrêté

 

Arnauld Pontier

 

 

Quatre anges se tenaient aux quatre coins du monde

Ces anges arrêtaient au vol les quatre vents,

Pour qu’aucun vent ne pût souffler sur les vivants,

Ni troubler le sommet des montagnes de marbre,

Ni soulever un flot, ni remuer un arbre.

 

La Fin de Satan (1886) de Victor Hugo

 

“Le silence est aussi plein de sagesse et d’esprit en puissance que le marbre non taillé est riche de sculpture.”

Aldous Huxley / Contrepoint

 

« La sculpture est comme l’art dramatique, à la fois le plus difficile et le plus facile de tous les arts. »

Honoré de Balzac La Cousine Bette (1846)

 

 » J’ai toujours trouvé la sculpture assommante, mais au moins les bronzes ont l’air de quelque chose, tandis que les bustes de marbre ressemblent toujours à un cimetière. « 

Ernest Hemingway L’Adieu aux armes (1929)

 

« Dès le commencement de notre ère, on a transporté à Rome les marbres gaulois, alors que l’empereur romain se vantait d’avoir fait d’une Rome de brique, une Rome de marbre. »

Suétone, Octave – Auguste, XXIX.

 

 » La vérité c’est que le marbre possède une âme et que la vie qui anime ce que notre orgueil croit inanimé – parce que le rythme nous en échappe – fourmille de particules intenses dont le grouillement immobile émet les ondes charnelles qui m’accueillirent sur l’Acropole. Il y a du marbre qui meurt après plusieurs siècles. Il ne rayonne plus. Il adopte cet air ferme à triple tour des visages morts. Mais il a la vie dure. Et je connais peu de marbres qui souffrent de ce que les statues nous parviennent amputées de la tête, des bras ou des jambes. « 

 

Jean Cocteau

 

Un bloc de marbre était si beau

Qu’un statuaire en fit l’emplette.

Qu’en fera, dit-il, mon ciseau ?

Sera-t-il Dieu, table ou cuvette ?

       

Le Statuaire et la Statue de Jupiter, Jean de La Fontaine

 

“Le silence est aussi plein de sagesse et d’esprit en puissance que le marbre non taillé est riche de sculpture.”
                                                               

 Aldous Huxley / Contrepoint

 
Chaud poème pour une froide pierre

La Terre nous nourrit, nous protège et nous aime ;
Elle ravit nos yeux par ses fleurs et ses gemmes
Puisqu’au bouquet de roses elle ajoute un diamant ;
Si son sous-sol est noir, elle a les fleurs des champs.
 
Mais elle cache aussi un riche matériau
Une robe veinée transformée en joyau :
C’est le marbre anobli depuis l’Antiquité
Par l’habile artisan épris de sa beauté.
 
S’il trône à l’Acropole comme aux palais romains,
Il est partout chez nous à portée de nos mains
En de divers objets de grâce et de douceur
Qui charment à la fois nos yeux et notre cœur.
 
Tu es beau noble marbre, que tu sois vert ou noir,
Que tu sois d’Italie, d’Espagne ou du terroir,
Que tu viennes de France, de Grèce ou de Florence…
Mais le plus beau de tous, c’est toi, marbre de RANCE.
                                                                                              

Auguste Hanon

 

« La beauté d’une construction réside dans le judicieux
emploi des matériaux et le moyen de les employer »

Viollet-le-Duc

 

David, le marbre est saint

David, le marbre est saint, le bronze est vénérable.
Sous le bois, où grandit le tilleul et l’érable,
Où le chêne tressaille, où les germes vivants,
Comme une bouche ouverts, boivent l’onde et les vents,
Sous le fleuve moiré qui, roulant ses eaux vives,
Décompose en ses flots les ombres de ses rives,
Sous le mont colossal, sous l’énorme plateau
Que Jéhovah tailla de son divin marteau,
Sous les vallons charmants, sous la fraîche prairie,
Ce globe laisse voir à notre rêverie
Et cache en même temps à nos yeux trop charnels
Des métaux glorieux, des granits éternels
Veinés de noirs filons et de zébrures blanches
Comme le sol marbré par les ombres des branches,
Blocs où filtre la sève, où l’eau monte et descend,
Que le fleuve connaît, que la montagne sent,
Et que l’âpre forêt sous sa racine austère
Presse et fait sourdement remuer dans la terre !
Car la chose aime l’être et tout dans tout se fond.
Un esprit bienveillant, intelligent, profond,
Circule dans les. champs, dans l’air, dans l’eau sonore ;
Et la création sait ce que l’homme ignore !

Victor Hugo